Traditions, fêtes & patrimoine vivant
Fêtes et festivals de Thaïlande : le calendrier de l'année, mois par mois
Pleines lunes bouddhiques, rites liés au riz et à l'eau, fêtes locales et créations récentes : un guide des grands rendez-vous thaïlandais, mois par mois, qui distingue l'attesté, le légendaire et ce qu'il reste à vérifier.

En Thaïlande, l'année ne se découpe pas seulement en mois. Elle suit aussi la lune, la récolte du riz, la saison des pluies et le rythme des monastères. On verse de l'eau à Songkran, on fait flotter des embarcations de lumière à Loy Krathong, on porte des masques à Dan Sai, on allume des lanternes à Chiang Mai. Chaque fête relie une communauté, un paysage et des croyances. Ce calendrier présente les grands rendez-vous du pays mois par mois : ce qui s'y passe, où, à quelle période, et ce que l'on sait vraiment de leur origine. Il repose sur une règle simple : vérifier les dates chaque année.

Avant de partir : comment se construit l'année des fêtes
En Thaïlande, on ne compte pas le temps d'une seule manière. Le calendrier officiel est le calendrier solaire, celui que l'on utilise en Europe, avec une différence de taille : les années y sont comptées selon l'ère bouddhique. L'année 2026 de notre calendrier correspond ainsi à l'année 2569. Pourtant, la plupart des grandes fêtes religieuses suivent un autre rythme : celui de la lune.
Les fêtes bouddhiques tombent presque toutes un jour de pleine lune. Les mois lunaires ne coïncident pas avec nos mois. La date de ces fêtes change donc chaque année : une même célébration peut tomber en février une année, en mars l'année suivante. D'autres rendez-vous dépendent de décisions locales. À Dan Sai, dans le nord-est, ce sont les médiums de la ville qui fixent chaque année les dates de la fête des esprits. D'autres enfin sont des événements récents, créés par une municipalité ou par les autorités du tourisme. Ceux-là reviennent à des dates à peu près fixes.
Un troisième rythme compte autant que les deux premiers : celui des saisons. Pour simplifier, la saison fraîche va de novembre à février, la saison chaude de mars à mai et la saison des pluies de juin à octobre. Beaucoup de fêtes sont liées au riz et à l'eau. On remercie après la récolte, on appelle la pluie avant les semis, on salue la fin des pluies quand les rivières sont hautes. Garder ce cycle en tête aide à comprendre une bonne partie du calendrier.
Un mot sur ce guide
Les fêtes sont présentées mois par mois. Pour chacune, vous trouverez un résumé, puis le lieu et la période habituelle. Ces périodes sont indicatives. Pour toutes les fêtes lunaires ou fixées localement, il faut vérifier la date exacte chaque année. Les meilleures sources sont l'Autorité du tourisme de Thaïlande (TAT), le ministère de la Culture et le portail officiel du gouvernement, thailand.go.th.
Certaines origines sont mal connues ou discutées. Dans ce cas, nous le disons. Une légende reste une légende, même quand elle est belle. Enfin, ce calendrier rassemble les grands rendez-vous, pas toutes les fêtes du pays : chaque province, chaque district et souvent chaque village a les siennes.
Janvier à mars : la saison fraîche, entre artisanat, Nouvel An chinois et pleine lune
L'année commence pendant la saison la plus agréable. Les températures baissent, surtout dans le Nord, et les récoltes de riz sont rentrées. C'est un temps de foires, de défilés et de fêtes familiales.
Janvier
La fête des ombrelles de Bo Sang
Bo Sang est un village d'artisans proche de Chiang Mai, connu pour ses ombrelles en papier et en tissu, peintes à la main de fleurs, d'oiseaux ou de motifs colorés. Chaque année, le village célèbre ce savoir-faire : défilés, stands, démonstrations de fabrication et concours. C'est une fête de l'artisanat plus qu'une fête religieuse. Elle montre comment un métier local devient un emblème pour toute une région.
- Où : village de Bo Sang, district de San Kamphaeng, à l'est de Chiang Mai.
- Quand : en général un week-end de la seconde moitié de janvier.
La Journée des enfants et la Journée des enseignants
Ces deux journées n'ont rien de traditionnel au sens ancien, mais elles comptent beaucoup dans la vie du pays. Pour la Journée des enfants, de nombreuses institutions ouvrent leurs portes et organisent des activités pour les plus jeunes. La Journée des enseignants rappelle la place du respect dû au maître dans la société thaïlandaise, une valeur que l'on retrouve dans beaucoup de cérémonies.
- Où : dans tout le pays.
- Quand : Journée des enfants le plus souvent le deuxième samedi de janvier ; Journée des enseignants le 16 janvier.
Le Nouvel An chinois
Une partie importante de la population thaïlandaise a des ancêtres venus du sud de la Chine. Le Nouvel An chinois, qui suit le calendrier chinois, est donc une grande fête dans le pays. On honore les ancêtres, on fait des offrandes dans les sanctuaires, on décore les rues de rouge et d'or, on assiste aux danses du lion et du dragon. Le quartier chinois de Bangkok, autour de la rue Yaowarat, est le cœur des festivités. La ville de Nakhon Sawan, dans le centre du pays, est connue pour ses grandes processions.
- Où : surtout Yaowarat (Bangkok) et Nakhon Sawan, mais aussi dans toutes les villes qui ont une communauté sino-thaïe.
- Quand : entre la fin janvier et la mi-février, selon les années.
Février
Makha Bucha
C'est la première grande fête bouddhique de l'année. Selon la tradition bouddhique, elle commémore une assemblée de disciples venus spontanément écouter le Bouddha, qui leur aurait alors exposé les principes essentiels de son enseignement. Le soir, les fidèles se rendent au temple et accomplissent le wian thian : une marche en procession, trois tours autour de l'ubosot (la salle d'ordination du temple), une bougie, de l'encens et des fleurs à la main. Dans la nuit, ces cercles de petites flammes sont l'image la plus forte de la fête. C'est un jour férié, calme et recueilli.
- Où : dans tous les temples du pays.
- Quand : pleine lune du 3ᵉ mois lunaire, en février ou en mars.
La fête des fleurs de Chiang Mai
À la fin de la saison fraîche, les jardins du Nord sont en pleine floraison. Chiang Mai organise alors un défilé de chars décorés de fleurs, accompagné de musique et de costumes, ainsi que des expositions florales. Cette fête est récente et municipale. Elle s'inscrit dans l'image que la ville cultive : celle d'une capitale du Nord, fière de son climat et de ses jardins.
- Où : centre de Chiang Mai.
- Quand : en général début février, sur un week-end.
Mars
Le Wai Khru du Wat Bang Phra
L'expression wai khru signifie « saluer le maître ». Au Wat Bang Phra, un monastère de la province de Nakhon Pathom, à l'ouest de Bangkok, elle désigne une cérémonie très particulière. Les personnes qui portent des sak yant, des tatouages protecteurs aux motifs sacrés, viennent y rendre hommage aux maîtres tatoueurs et « recharger » la force de leurs tatouages. Selon les croyances des participants, certains entrent en transe et se comportent comme l'animal tatoué sur leur corps. La cérémonie attire des milliers de fidèles, et de plus en plus de photographes et de curieux.
- Où : Wat Bang Phra, province de Nakhon Pathom.
- Quand : en février ou en mars, à une date fixée chaque année par le monastère.
Mars est aussi le début de la saison chaude. Le calendrier festif s'allège un peu, en attendant le grand rendez-vous d'avril.
Avril et mai : le Nouvel An de l'eau et l'appel de la pluie
Avril est le mois le plus chaud de l'année. Les champs de riz sont vides, la récolte est terminée, et le pays attend les pluies. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les deux grands thèmes de la période : l'eau qui purifie et rafraîchit, puis l'eau que l'on appelle pour faire pousser le riz.
Avril
Songkran, le Nouvel An traditionnel
Songkran est la fête la plus connue de Thaïlande, et sans doute la plus importante pour les familles. Le mot vient du sanskrit saṅkrānti, qui signifie « passage » ou « transition ». Selon la description qu'en donne l'UNESCO, Songkran désigne le passage annuel du soleil dans la constellation du Bélier, le premier signe du zodiaque. Ce moment marque le début traditionnel de la nouvelle année. Il tombe à la mi-avril, après la récolte du riz : l'année agricole se termine, une autre commence.
Que fait-on à Songkran ? D'abord, on rentre chez soi. Des millions de personnes quittent les grandes villes pour rejoindre leur village et leur famille. On rend hommage aux aînés, aux ancêtres et aux images sacrées du Bouddha. Le geste central est de verser de l'eau. On verse doucement de l'eau parfumée sur les mains des parents et des grands-parents, qui donnent en retour leur bénédiction. On asperge les statues du Bouddha. On va au temple pour faire des offrandes aux moines.
Pour beaucoup de visiteurs, Songkran évoque surtout les batailles d'eau. Dans les villes, et notamment dans certains quartiers de Bangkok et dans le centre de Chiang Mai, les rues se transforment en immenses terrains de jeu : pistolets à eau, seaux, tuyaux d'arrosage. Cette facette joyeuse et spectaculaire est bien réelle, mais elle n'est qu'une partie de la fête. Le cœur de Songkran reste le lien entre les générations et le respect des anciens.
Le 6 décembre 2023, l'UNESCO a inscrit « Songkran en Thaïlande, fête traditionnelle du Nouvel An thaï » sur sa liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Cette liste recense les pratiques vivantes, comme des fêtes, des savoir-faire ou des arts du spectacle, que les communautés se transmettent. Depuis, les autorités du tourisme mettent la fête en avant. En 2024, la TAT a ainsi lancé le « Maha Songkran World Water Festival ».
Un point mérite d'être connu : Songkran n'appartient pas à la seule Thaïlande. Des fêtes du Nouvel An proches sont célébrées à la même période dans plusieurs pays voisins. Le Cambodge a lui aussi soumis son propre Nouvel An à l'UNESCO. Le ministère thaïlandais de la Culture a répondu que cette démarche ne change rien au statut de Songkran. Il s'agit d'un patrimoine en partie partagé à l'échelle de la région, que chaque pays célèbre à sa manière.
- Où : dans tout le pays. Les célébrations les plus animées ont lieu dans les grandes villes ; les plus familiales, dans les villages.
- Quand : du 13 au 15 avril. Dans certaines localités, les festivités se prolongent quelques jours de plus.
Poy Sang Long, l'ordination des novices shan
Dans la province de Mae Hong Son, près de la frontière birmane, vit une importante communauté shan (ou Tai Yai), un peuple de langue taï. Au début de la saison chaude, ces familles célèbrent l'entrée de jeunes garçons au monastère comme novices. Pendant quelques jours, avant d'avoir la tête rasée et de revêtir la robe, les enfants sont habillés comme des princes : costumes brillants, maquillage, coiffes fleuries. On les porte sur les épaules à travers la ville. Selon l'interprétation la plus courante, ce faste rappelle le prince Siddhartha, le futur Bouddha, qui renonça à sa vie princière. C'est une fête d'une communauté précise, avec ses propres traditions, et pas seulement un spectacle.
- Où : surtout Mae Hong Son et d'autres localités du nord-ouest où vivent des communautés shan.
- Quand : en général fin mars ou début avril.
Mai
La cérémonie royale du Labour
Cette cérémonie ouvre officiellement la saison de culture du riz. Elle se déroule à Bangkok, sur la grande esplanade de Sanam Luang, près du Grand Palais. Elle mêle des rites d'origine brahmanique, c'est-à-dire hérités de traditions religieuses venues de l'Inde, à des rites bouddhiques. Un officiel trace des sillons avec une charrue tirée par des bœufs sacrés. Ensuite, on présente aux bœufs plusieurs aliments et boissons : selon ce qu'ils choisissent, on annonce si l'année sera pluvieuse, si les récoltes seront bonnes. Après la cérémonie, beaucoup de spectateurs ramassent les grains de riz semés pour les porter chance. La date est fixée chaque année par les astrologues de la cour.
- Où : Sanam Luang, Bangkok.
- Quand : en mai, à une date fixée chaque année.
Bun Bang Fai, la fête des fusées
Dans l'Isan, le nord-est du pays, on ne se contente pas d'attendre la pluie : on va la chercher. Pour Bun Bang Fai, les villages fabriquent de grandes fusées artisanales, les bang fai, et les lancent vers le ciel. La croyance la plus répandue veut que ces tirs rappellent aux puissances célestes qu'il est temps d'envoyer la pluie sur les rizières. La fête comprend aussi des défilés, de la musique, des danses et une bonne dose d'humour, parfois très grivois. La ville de Yasothon est la plus célèbre, mais de nombreuses localités de l'Isan organisent leur propre fête. Ici, la religion, l'agriculture et la fête populaire sont étroitement mêlées.
- Où : Yasothon et de nombreux villages de l'Isan (nord-est).
- Quand : en général en mai, avant les premières pluies.
Visakha Bucha
C'est la fête bouddhique la plus importante de l'année. Elle commémore, en un seul jour, trois événements de la vie du Bouddha : sa naissance, son Éveil et sa mort. Comme pour Makha Bucha, les fidèles se rendent au temple, écoutent les sermons, font des offrandes et accomplissent le soir le wian thian, la procession aux bougies autour de la salle d'ordination. C'est un jour férié.
- Où : dans tous les temples du pays.
- Quand : pleine lune du 6ᵉ mois lunaire, en mai ou en juin.
Juin à août : les esprits de Dan Sai et l'entrée dans la saison des pluies
Avec les pluies, les rizières se remplissent et le travail agricole reprend. Le calendrier festif devient plus religieux et plus intérieur. Juillet marque l'entrée des moines dans leur retraite. Juin, lui, réserve une fête unique en son genre.
Juin
Bun Luang et Phi Ta Khon, à Dan Sai
Dan Sai est une petite ville de la province de Loei, dans les collines du nord-est. Chaque année, elle célèbre une grande fête religieuse appelée Bun Luang, aussi connue sous le nom de Bun Phawet. Sa partie la plus spectaculaire s'appelle Phi Ta Khon. Le mot phi désigne les esprits.
La fête dure trois jours. Selon la source gouvernementale qui présente l'édition 2026, elle commémore le Vessantara Jataka et honore Phra Upakut. Le Vessantara Jataka est un récit très populaire en Thaïlande : il raconte l'une des vies antérieures du Bouddha, celle du prince Vessantara, célèbre pour sa générosité sans limites. Phra Upakut est un moine saint, que l'on invoque traditionnellement pour protéger les cérémonies.
Le premier jour, appelé Wan Ruam, est la fête des esprits proprement dite. Les habitants défilent déguisés en esprits, avec de grands masques colorés et des costumes faits de tissus cousus. Ils dansent, font du bruit avec des clochettes et taquinent les passants. Selon la tradition locale, ces esprits rappellent ceux qui auraient accompagné le retour du prince Vessantara dans sa ville, tant la joie était grande. Les jours suivants sont consacrés à des processions et à la lecture du récit de Vessantara au temple.
Ce qui rend Phi Ta Khon unique, c'est aussi son calendrier. Les dates ne sont fixées ni par la lune ni par l'administration : elles sont choisies chaque année par les médiums de la ville. Selon les années, la fête peut ainsi tomber entre mars et juillet. En 2026, elle est annoncée du 20 au 22 juin.
- Où : Dan Sai, province de Loei. En 2026, les festivités ont lieu au bureau du district de Dan Sai et au Wat Phon Chai, le temple principal.
- Quand : trois jours, en général en juin ou juillet, mais parfois plus tôt. En 2026, du 20 au 22 juin. Les dates changent chaque année.
Juillet
Asanha Bucha et Khao Phansa
Ces deux fêtes se suivent. Asanha Bucha commémore le premier sermon du Bouddha, celui par lequel, selon la tradition bouddhique, il commença à enseigner. Le lendemain, Khao Phansa marque l'entrée des moines dans le phansa, la retraite des pluies. Pendant environ trois mois, ils restent dans leur monastère et se consacrent davantage à l'étude et à la méditation. Autrefois, cette règle évitait aussi aux moines de voyager pendant la saison où les routes étaient difficiles et les champs cultivés. C'est la période traditionnelle où de jeunes hommes entrent temporairement au monastère. Les fidèles offrent aux moines des objets utiles pour la retraite, et surtout de grandes bougies, qui doivent éclairer les monastères pendant ces trois mois.
- Où : dans tous les temples du pays.
- Quand : pleine lune du 8ᵉ mois lunaire et le jour suivant, en général en juillet.
La fête des bougies d'Ubon Ratchathani
L'offrande des bougies de Khao Phansa a pris une forme spectaculaire à Ubon Ratchathani, grande ville de l'Isan. Les temples et les quartiers y fabriquent des bougies géantes, sculptées dans la cire, qui représentent des scènes religieuses, des créatures mythologiques ou des épisodes de la vie du Bouddha. Ces sculptures défilent ensuite sur des chars dans la ville. Un geste religieux simple, offrir de la lumière aux moines, est ainsi devenu un art collectif et un événement régional.
- Où : Ubon Ratchathani.
- Quand : autour d'Asanha Bucha et de Khao Phansa, en général en juillet.
Août
Août est un mois calme pour les grandes fêtes. C'est le cœur de la saison des pluies et de la retraite des moines. Le 12 août est un jour férié : c'est l'anniversaire de la reine Sirikit, mère du roi actuel, célébré aussi comme fête des Mères. Nous y revenons dans la dernière partie, consacrée aux fêtes civiques.
Septembre et octobre : ancêtres, végétariens et sortie de la retraite des pluies
À la fin de la saison des pluies, les rivières sont pleines et le riz pousse. C'est un moment riche en fêtes, tournées vers les ancêtres, l'eau et la fin de la retraite des moines.
Septembre
Sat Duean Sip, la fête des ancêtres du Sud
Le nom signifie à peu près « la fête du 10ᵉ mois ». Dans le sud du pays, on croit traditionnellement qu'à cette période les âmes des ancêtres défunts, et en particulier celles qui souffrent dans l'au-delà, reviennent pour un temps parmi les vivants. Les familles préparent alors des offrandes de nourriture et des pâtisseries spéciales, qu'elles apportent au temple pour transmettre des mérites à leurs morts. À Nakhon Si Thammarat, grande ville historique du Sud, la fête s'accompagne d'une grande foire et de processions de plateaux d'offrandes richement décorés.
- Où : surtout Nakhon Si Thammarat et d'autres provinces du Sud.
- Quand : 10ᵉ mois lunaire, en général en septembre ou en octobre.
Les courses de pirogues
Quand les rivières sont au plus haut, de nombreuses villes organisent des courses de longues pirogues, menées par des dizaines de rameurs. Ces courses opposent souvent des équipes de villages ou de temples. Elles mêlent compétition sportive, fierté locale et dimension religieuse. Phichit, dans le centre-nord du pays, est l'une des villes les plus connues pour ces courses, mais d'autres provinces fluviales ont aussi les leurs.
- Où : Phichit et de nombreuses autres provinces traversées par des rivières.
- Quand : en général de septembre à novembre, selon les lieux.
La fête végétarienne de Phuket
Cette fête est d'origine chinoise. Elle est célébrée par les communautés sino-thaïes en l'honneur des Neuf Dieux Empereurs, des divinités du taoïsme chinois. Pendant neuf jours, les participants s'habillent de blanc, suivent un régime végétarien strict et s'abstiennent de certains plaisirs pour se purifier. À Phuket, où une forte communauté d'origine chinoise s'est installée au fil de l'histoire, la fête est particulièrement impressionnante. Des médiums, en transe, défilent dans les rues en se perçant les joues ou en se livrant à d'autres épreuves physiques, entourés de pétards. Ces scènes sont spectaculaires et peuvent choquer. Pour les fidèles, elles ont un sens religieux : les divinités protègeraient les médiums de la douleur.
- Où : surtout Phuket, mais aussi Bangkok (quartier chinois) et d'autres villes avec une communauté sino-thaïe.
- Quand : 9ᵉ mois du calendrier chinois, en général fin septembre ou en octobre.
Octobre
Ok Phansa, la fin de la retraite des pluies
Trois mois après Khao Phansa, les moines sortent de leur retraite. C'est Ok Phansa. Les fidèles vont au temple, font des offrandes et célèbrent la fin de cette période. Autour de cette date se déroulent de nombreuses fêtes régionales, souvent liées à l'eau et à la lumière. Les plus connues sont présentées ci-dessous.
- Où : dans tous les temples du pays.
- Quand : pleine lune du 11ᵉ mois lunaire, en général en octobre.
Chak Phra, la procession des images du Bouddha
Le nom signifie « tirer le Bouddha ». Dans plusieurs provinces du Sud, et en particulier à Surat Thani, on installe des images du Bouddha sur des chars ou sur des bateaux richement décorés. Les fidèles les tirent ensuite à travers la ville ou sur la rivière, en un long cortège. La fête est liée à Ok Phansa.
- Où : surtout Surat Thani et d'autres provinces du Sud.
- Quand : autour d'Ok Phansa, en général en octobre.
Tak Bat Thewo, l'offrande aux moines descendus du ciel
Le tak bat, c'est l'offrande de nourriture faite chaque matin aux moines. Tak Bat Thewo en est une version solennelle. Selon la tradition bouddhique, le Bouddha serait monté au ciel pour enseigner à sa mère défunte pendant la retraite des pluies, avant de redescendre sur terre à la fin de cette période. Pour commémorer cette descente, des centaines de moines défilent en file devant les fidèles, qui leur offrent de la nourriture. Dans certains temples construits sur une colline, les moines descendent un long escalier, ce qui rend la scène très visuelle.
- Où : dans de nombreux temples, notamment dans les provinces de Surat Thani et d'Uthai Thani.
- Quand : le lendemain d'Ok Phansa ou dans les jours qui suivent.
Les boules de feu du Naga, à Nong Khai
Le Naga est un grand serpent mythique, très présent dans les croyances liées à l'eau en Thaïlande et au Laos. Selon une croyance locale, au moment d'Ok Phansa, des boules lumineuses s'élèvent du Mékong au-dessus de la frontière avec le Laos. On les attribue au Naga, qui célébrerait à sa manière la fin de la retraite des moines. Des foules se rassemblent sur les rives pour les observer. Ce phénomène est très discuté. Certains avancent des explications naturelles, d'autres doutent d'une origine naturelle, et aucune explication ne fait aujourd'hui l'unanimité. Pour les fidèles, la question est d'abord une affaire de croyance.
- Où : rives du Mékong dans la province de Nong Khai.
- Quand : autour d'Ok Phansa, en général en octobre.
Lai Ruea Fai, les bateaux de lumière de Nakhon Phanom
Le nom signifie « faire flotter des bateaux de feu ». À Nakhon Phanom, ville de l'Isan qui fait face au Laos, on construit de grandes embarcations décorées de milliers de petites lumières. On les lance la nuit sur le Mékong, où elles dessinent des scènes religieuses ou des motifs lumineux. Les explications données à ce rite varient : offrande au Bouddha, au Naga ou aux esprits de l'eau selon les récits. La fête montre bien l'importance du fleuve dans la vie et l'imaginaire de cette région.
- Où : Nakhon Phanom, sur les rives du Mékong.
- Quand : autour d'Ok Phansa, en général en octobre.
Les courses de buffles de Chonburi
À Chonburi, à l'est de Bangkok, la fin de la retraite des pluies est aussi l'occasion d'une fête agricole. Les éleveurs amènent leurs buffles d'eau, animaux autrefois essentiels pour labourer les rizières, et les font courir. La fête comprend aussi des concours de beauté et des défilés. Elle rappelle une époque où le buffle était au centre de la vie rurale, avant l'arrivée des machines.
- Où : ville de Chonburi.
- Quand : autour d'Ok Phansa, en général en octobre.
Kathin, l'offrande des robes aux moines
Dans le mois qui suit la fin de la retraite des pluies, les fidèles organisent le kathin : ils offrent aux moines de nouvelles robes et d'autres objets dont le monastère a besoin. Chaque temple ne peut recevoir qu'un kathin par an. Des familles, des villages, des entreprises ou des associations s'organisent pour cela, souvent avec une procession joyeuse et de la musique. Pour les fidèles, c'est une occasion importante d'accomplir des mérites, c'est-à-dire de faire de bonnes actions qui comptent pour cette vie et les suivantes.
- Où : dans tous les temples du pays.
- Quand : pendant le mois qui suit Ok Phansa, d'octobre à novembre.
Le 23 octobre est par ailleurs un jour férié, consacré à la mémoire du roi Chulalongkorn (Rama V). Nous y revenons plus bas.
Novembre et décembre : lumières sur l'eau, éléphants et patrimoine mis en scène
La saison des pluies se termine, l'air se rafraîchit. Les rivières et les canaux sont encore pleins. C'est le moment de Loy Krathong, la fête la plus poétique de l'année, et de Yi Peng dans le Nord.
Novembre
Loy Krathong, la fête des petites embarcations de lumière
Le nom (Loi Krathong en transcription officielle RTGS) signifie « faire flotter le krathong ». Un krathong est une petite embarcation rituelle, traditionnellement faite d'un morceau de tronc de bananier, décorée de feuilles pliées, de fleurs, d'une bougie et de bâtons d'encens. Le soir de la pleine lune, on dépose son krathong sur une rivière, un canal ou un lac, et on le regarde s'éloigner. Beaucoup y voient un geste de remerciement et de pardon envers l'eau, dont on a tant besoin et que l'on pollue. Beaucoup y associent aussi la déesse des eaux, Phra Mae Khongkha. Pour d'autres, c'est l'occasion de laisser partir ses soucis ou de faire un vœu. Les couples font souvent flotter leur krathong ensemble.
D'où vient cette fête ? La réponse populaire est très connue. Selon la tradition, Loy Krathong serait née à la cour de Sukhothai, le premier grand royaume thaï, et le premier krathong aurait été créé par une dame de la cour, Nang Nopphamat. Il s'agit d'une légende. Des chercheurs ont montré que ce récit vient d'un texte bien plus tardif, écrit au début de l'époque de Bangkok, au XIXᵉ siècle. En 1863, le roi Rama IV présentait d'ailleurs la fête comme un ancien rite brahmanique, d'origine indienne, adapté par les bouddhistes. Certains auteurs vont plus loin : selon eux, rien ne prouve que la fête existait à Sukhothai même, et elle n'aurait pris sa forme nationale actuelle qu'après 1945, portée par la volonté de célébrer une culture nationale et par le tourisme. Ces thèses sont discutées. Retenons l'essentiel : l'origine exacte de Loy Krathong reste incertaine. Des rites liés à l'eau et à la lumière sont sans doute anciens dans toute la région, mais le récit de Sukhothai relève de la tradition, pas de l'histoire attestée.
Ce qui est sûr, en revanche, c'est la place que la fête occupe aujourd'hui. Loy Krathong est officiellement reconnu comme patrimoine culturel national depuis 2011. Le 27 mars 2025, le gouvernement thaïlandais a approuvé une candidature de la fête à la liste du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, sous l'intitulé « Loy Krathong tradition in Thailand ». Au moment où nous écrivons, l'issue de cette candidature reste à confirmer.
On fête Loy Krathong partout, dans les grandes villes comme dans les villages. Certaines villes sont réputées pour leurs célébrations, dont Sukhothai, qui accueille de grandes festivités en écho à la légende, Bangkok le long du fleuve Chao Phraya, et Chiang Mai, où la fête se mêle à Yi Peng.
- Où : dans tout le pays, sur tous les cours d'eau, canaux et lacs.
- Quand : pleine lune du 12ᵉ mois lunaire, en général en novembre.
Yi Peng, la fête des lanternes du Nord
Dans le Nord, autour de Chiang Mai, la même période est celle de Yi Peng, une fête propre à la culture du Lanna, l'ancien royaume du Nord. Elle commence deux jours avant la pleine lune du 2ᵉ mois du calendrier lanna, c'est-à-dire en novembre. Elle coïncide donc avec Loy Krathong. Les maisons et les temples se couvrent de lumière. On allume des phang prathip, de petites lampes en terre cuite, et on accroche des lanternes en papier aux façades et dans les rues. Les fidèles se rendent au temple pour faire des offrandes et accomplir des actes de mérite.
L'image la plus célèbre de Yi Peng est celle des khom loi, des lanternes célestes en papier qui s'élèvent dans le ciel grâce à l'air chaud d'une petite flamme. Des centaines de lumières montent alors lentement dans la nuit. Ce geste spectaculaire attire chaque année de nombreux visiteurs.
- Où : Chiang Mai et le reste du Nord (ancien Lanna).
- Quand : en général en novembre, sur plusieurs jours autour de la pleine lune, en même temps que Loy Krathong.
Le rassemblement des éléphants de Surin
Dans la province de Surin, dans le sud de l'Isan, vit le peuple kuy (ou kui), dont certaines familles ont une longue tradition de capture et de dressage des éléphants. Chaque année, Surin organise un grand rassemblement d'éléphants : défilés, démonstrations, reconstitutions historiques. La fête met en valeur un lien ancien entre une communauté et un animal. Elle pose aussi aujourd'hui des questions débattues sur le bien-être des éléphants utilisés dans les spectacles.
- Où : ville de Surin.
- Quand : en général en novembre, sur un week-end.
Le banquet des singes de Lopburi
Lopburi est une ville ancienne du centre du pays, célèbre pour les macaques qui vivent au milieu de ses ruines. Chaque année, on y offre un immense buffet de fruits et de légumes aux singes, devant le temple khmer Phra Prang Sam Yot. Il ne s'agit pas d'une tradition ancienne. C'est une fête récente, créée à la fin du XXᵉ siècle pour attirer les visiteurs. Elle montre bien comment une ville peut inventer un nouveau rendez-vous à partir de ce qui fait sa particularité.
- Où : Phra Prang Sam Yot, Lopburi.
- Quand : en général un dimanche de la fin novembre.
Décembre
Les fêtes du pont de la rivière Kwaï
À Kanchanaburi, à l'ouest de Bangkok, un pont rappelle l'histoire tragique du « chemin de fer de la mort ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'armée japonaise fit construire une voie ferrée vers la Birmanie par des prisonniers de guerre alliés et des travailleurs asiatiques. Des dizaines de milliers d'entre eux y moururent. Chaque année, autour du pont, la ville organise une fête avec des spectacles de son et lumière qui évoquent cette période. C'est un événement de mémoire autant qu'un événement touristique.
- Où : autour du pont de la rivière Kwaï, Kanchanaburi.
- Quand : en général de la fin novembre au début décembre.
Les fêtes du patrimoine mondial d'Ayutthaya
Ayutthaya fut la capitale du royaume siamois pendant plus de quatre siècles, jusqu'à sa destruction en 1767. Ses ruines sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO. Chaque année, en décembre, la ville célèbre cette inscription avec des spectacles de son et lumière dans les ruines, des reconstitutions historiques et des marchés. Comme à Kanchanaburi, l'histoire devient ici un spectacle collectif, qui fait découvrir le site sous un autre jour.
- Où : parc historique d'Ayutthaya.
- Quand : en général en décembre, sur une dizaine de jours.
L'année se termine avec le Nouvel An du calendrier solaire, le 31 décembre et le 1ᵉʳ janvier, célébré dans les grandes villes avec feux d'artifice et rassemblements, et dans de nombreux temples par des prières de passage à la nouvelle année.
Les fêtes civiques, et ce que le calendrier raconte de la Thaïlande
À côté des fêtes religieuses et populaires, le calendrier thaïlandais compte des jours fériés liés à l'histoire du pays et à la monarchie. Ils sont moins spectaculaires, mais ils rythment aussi l'année. Les principaux sont les suivants :
- 6 avril, journée Chakri : elle commémore la fondation de la dynastie Chakri, qui règne depuis la fondation de Bangkok comme capitale.
- 12 août : anniversaire de la reine Sirikit, mère du roi actuel, célébré aussi comme fête des Mères.
- 23 octobre, journée Chulalongkorn : hommage au roi Chulalongkorn (Rama V), connu pour avoir modernisé le pays à la fin du XIXᵉ siècle. Ce jour-là, beaucoup de Thaïlandais déposent des fleurs devant ses statues.
- 5 décembre : anniversaire du roi Bhumibol (Rama IX), qui a régné pendant soixante-dix ans. C'est aussi la fête des Pères et la fête nationale.
Ces dates, contrairement aux fêtes lunaires, sont fixes. D'autres anniversaires royaux s'ajoutent au calendrier officiel et peuvent évoluer avec les règnes. Mieux vaut consulter la liste des jours fériés de l'année en cours.
Un patrimoine vivant, pas un décor
Au terme de cette année, une idée se dégage : les fêtes thaïlandaises ne sont pas figées. Elles mêlent plusieurs couches. Il y a d'abord le bouddhisme, avec ses pleines lunes, sa retraite des pluies et ses offrandes aux moines. Il y a ensuite des croyances plus anciennes ou plus locales : les esprits de Dan Sai, le Naga du Mékong, les fusées qui appellent la pluie. Il y a aussi les apports des communautés qui ont fait le pays, comme les Sino-Thaïs de Phuket et de Yaowarat, les Shan de Mae Hong Son ou les Kuy de Surin. Il y a enfin les rites de cour, comme la cérémonie du Labour.
Les fêtes changent aussi avec le temps. Certaines, comme le banquet des singes de Lopburi ou les fêtes de son et lumière, sont des créations récentes. D'autres, très anciennes dans leur principe, ont pris une forme nouvelle au XXᵉ siècle. C'est ce que suggèrent certains travaux sur Loy Krathong. L'État et les autorités du tourisme jouent un rôle croissant : ils reconnaissent des fêtes comme patrimoine national, les présentent à l'UNESCO, les transforment en événements internationaux. Songkran a été inscrite en 2023 ; Loy Krathong est candidate. Cette reconnaissance aide à transmettre les traditions. Elle les fait aussi évoluer, parfois au risque de privilégier le spectacle.
Pour le visiteur, la meilleure façon d'aborder ces fêtes est sans doute la plus simple : se renseigner sur les dates exactes, observer avant de participer, et se souvenir que derrière les lumières, les masques et l'eau qui gicle, il y a des familles qui honorent leurs aînés, des fidèles qui accomplissent des mérites, et des communautés qui continuent de faire vivre leur histoire.
Sources et bibliographie
- UNESCO, Songkran in Thailand, traditional Thai New Year festival (élément 01719), UNESCO – Intangible Cultural Heritage, 2023.
- Bernama, Unesco Recognises Songkran As Intangible Cultural Heritage Of Humanity, Bernama, 2023.
- Khaosod English, Songkran's Soft Power Is Now a UNESCO Intangible Cultural Heritage, Khaosod English, 2023.
- Gouvernement thaïlandais, Status of Thailand's Songkran as UNESCO Heritage Not Affected by Cambodia's Submission of Its New Year to UNESCO, thailand.go.th.
- Tourism Authority of Thailand, Celebrate 'Songkran in Thailand', The UNESCO 'intangible cultural heritage', Cision, 2024.
- EBSCO, Songkran (Thailand) – Research Starters, EBSCO.
- Bangkok Post, Unesco recognition sought for Loy Krathong, Bangkok Post, 2025.
- Thai PBS World, Loy Krathong set for UNESCO heritage nomination, Thai PBS, 2025.
- The Pattaya News, Thai Cabinet Approves Proposal to Nominate Loy Krathong Festival for UNESCO Intangible Cultural Heritage List, The Pattaya News, 2025.
- Thaiger, Thailand seeks UNESCO status for Loy Krathong festival, The Thaiger, 2025.
- Contributeurs Wikipédia, Loy Krathong, Wikipedia.
- Contributeurs Wikipédia, Yi Peng festival, Wikipedia.
- Gouvernement thaïlandais, Bun Luang Festival and Phi Ta Khon Festival 2026, thailand.go.th, 2026.
- Phi Ta Khon, Wikipedia (EN).



