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Kudi Chin, sur la rive de Thonburi : les descendants des Portugais et la mémoire d'un quartier pluriel

De la terre accordée par Taksin en 1769 au musée familial ouvert en 2017, comment une communauté catholique d'ascendance portugaise a construit sa mémoire dans un quartier d'abord chinois, et ce que les sources permettent réellement d'en dire.

Publié le 9 octobre 2026 13 min de lecture
Église au dôme rouge et clocher crème sur une berge de fleuve, bateau à longue queue au premier plan, immeubles derrière.

Sur la rive ouest du Chao Phraya, face au vieux Bangkok, le quartier de Kudi Chin réunit une église catholique, un temple bouddhiste, une mosquée et un sanctuaire chinois. C'est là qu'en 1769 le roi Taksin accorda une terre aux catholiques venus d'Ayutthaya détruite, dont beaucoup se réclamaient d'ascendance portugaise. Leurs descendants y vivent toujours, autour de l'église Santa Cruz, d'un musée familial et d'une pâtisserie venue d'Europe. Mais l'histoire du lieu est plus ancienne et plus mêlée qu'on ne le raconte. Comprendre Kudi Chin, c'est démêler mémoire communautaire, archives d'Église et récits touristiques, sans confondre les uns avec les autres.

Maison ancienne en bois à deux étages sur pilotis, aux frises ajourées, au toit de tôle rouillée, entourée de végétation.

Un quartier qui ne fut jamais seulement portugais

Vu depuis le fleuve, Kudi Chin se signale d'abord par une coupole claire qui domine les toits bas de la rive de Thonburi. Le quartier occupe une étroite bande de terre du sous-district (khwaeng) de Wat Kanlaya, dans le district de Thon Buri. Il s'étend sur la rive ouest du Chao Phraya, juste au sud du canal (khlong) Bangkok Yai, que l'on appelait aussi Bang Luang. En quelques minutes de marche, on passe de l'église catholique Santa Cruz au Wat Kanlayanamit, monastère bouddhiste qui abrite une image du Bouddha très vénérée, Luang Pho Sampokong. On rejoint ensuite la mosquée Kudi Khao, dite aussi mosquée Bang Luang, puis le sanctuaire chinois Kian An Keng (ou Kuan An Keng).

Cette proximité n'a rien d'un décor : elle résume l'histoire du lieu. Le Princess Maha Chakri Sirindhorn Anthropology Centre (SAC), institution publique de référence pour l'anthropologie en Thaïlande, consacre une fiche à la communauté. Il y décrit Kudi Chin comme un ancien établissement de marchands chinois hokkien, installé le long du canal de Wat Kalaya dès l'époque d'Ayutthaya (XIVe-XVIIIe siècle). À ce premier noyau se sont ajoutés, après la chute de l'ancienne capitale, des groupes venus d'Ayutthaya : Thaïs, Chinois, farang (terme thaï pour les Occidentaux), Vietnamiens, Môns.

Les descendants des Portugais, qui ont fait la réputation du quartier, en sont donc une composante parmi d'autres, arrivée après les commerçants chinois. On décrit d'ailleurs aujourd'hui Kudi Chin comme un ensemble de communautés distinctes — bouddhistes thaïs, Môns, Chinois, Luso-Thaïs, musulmans thaïs — qui partagent un territoire sans s'y fondre.

Un nom, deux hypothèses

Le nom lui-même porte la trace de cette superposition. Kudi désigne en thaï le logis d'un moine. Kudi Chin (on lit aussi Kadi Chin, Kudeejeen ou Kudi Jeen) peut donc se traduire par « le logis du moine chinois ». Deux explications circulent.

  • La première, répandue dans les guides et les blogs, rattache le nom à la deuxième église Santa Cruz, bâtie au XIXe siècle dans un style d'inspiration chinoise. Les riverains auraient vu dans ce lieu de culte étranger une « demeure de religieux chinois ».
  • La seconde, rapportée par Wikipédia d'après une source qu'elle cite, renvoie à un sanctuaire chinois du bord du fleuve, attesté dès l'époque d'Ayutthaya. Tombé en ruine, il aurait été reconstruit sous la forme de l'actuel Kian An Keng.

L'ancienneté du peuplement hokkien, établie par le SAC, rend la seconde hypothèse plausible. Aucune des sources consultées ne permet pourtant de trancher. Un constat demeure : le nom du quartier « portugais » de Bangkok est, dans les deux cas, un nom chinois.

D'Ayutthaya à Thonburi : la terre accordée par Taksin

L'histoire des Portugais au Siam commence bien avant Thonburi. On date généralement de 1511 l'arrivée des premiers Portugais à Ayutthaya. Ils sont souvent présentés comme les premiers Occidentaux reçus par la cour siamoise et venaient d'abord pour le commerce maritime. Des religieux auraient suivi et implanté l'Église catholique ; un site de vulgarisation avance la date de 1567, qui reste à confirmer. Pendant plus de deux siècles se forme ainsi à Ayutthaya une population luso-siamoise catholique. Les récits de la communauté l'associent au négoce, à la traduction et au métier des armes.

En 1767, Ayutthaya tombe sous les coups des armées birmanes. Taksin, chef de guerre qui rassemble les forces siamoises, établit sa capitale à Thonburi, sur la rive ouest du fleuve. Selon plusieurs sources, des catholiques d'origine portugaise le suivent et s'installent près de son palais, le Wang Doem, à quelques centaines de mètres au nord de l'actuel Kudi Chin.

L'archidiocèse catholique de Bangkok fournit la date fondatrice. Le 14 septembre 1769, Taksin accorde un terrain surélevé au père Jacques Corre, missionnaire français. Sur une rive basse et inondable, la hauteur du terrain n'a rien d'anodin. Corre le baptise « Camp Santa Cruz » (Khai Santa Khru), car ce jour est celui de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix. Santa Cruz signifie « Sainte-Croix » en portugais.

Récompense militaire ou concession missionnaire ?

Les récits divergent sur le bénéficiaire du don. La source d'Église, reprise par un blog d'histoire locale, nomme le père Corre. Les sites touristiques parlent d'un don « aux Portugais » pour les remercier de leur aide militaire : mercenaires, canons, mousquets. Ce récit d'une récompense guerrière n'apparaît pas dans l'extrait de la source d'Église consulté.

Les deux versions ne s'excluent pas forcément. Un souverain qui reconstruit un royaume peut avoir intérêt à fixer près de son palais une population dotée de savoir-faire militaires et linguistiques. Le missionnaire, de son côté, est l'interlocuteur institutionnel qui reçoit la terre au nom des fidèles. Mais cette conciliation reste une interprétation : en l'état des sources consultées, seule la concession au père Corre est documentée.

1775 : un serment sur l'Évangile

Un épisode rapporté par l'archidiocèse montre la place ambiguë de ces catholiques. En septembre 1775 se tient une cérémonie du thue nam phiphat sattaya, rite royal où les dignitaires prêtent allégeance en buvant une eau consacrée. Trois officiers chrétiens prêtent alors serment sur l'Évangile, devant l'autel de Santa Cruz et en présence de l'évêque. Taksin y voit une atteinte à sa majesté royale.

L'incident éclaire une tension durable. La communauté doit sa terre au roi et le sert, mais sa foi l'empêche de participer pleinement aux rituels qui fondent la loyauté envers lui. Les sources consultées ne détaillent pas les suites de l'affaire.

Une communauté qui se divise, des foyers qui se répondent

La tension est aussi interne. Selon Wikipédia, une partie des catholiques portugais entre en conflit avec le clergé français sur la direction de la paroisse. Ce groupe traverse le fleuve et fonde, sur la rive est, la future église du Saint-Rosaire, connue en thaï sous le nom de Wat Kalawar, dans le quartier de Talat Noi. La date exacte de cette scission n'a pas été établie.

L'épisode rappelle une réalité souvent oubliée. Dès la fin du XVIIIe siècle, l'identité « portugaise » des fidèles et l'institution catholique, alors encadrée par des missionnaires français, ne coïncident pas. On peut y voir une revendication d'autonomie communautaire autant qu'une querelle d'autorité, mais les sources consultées ne permettent pas d'en préciser les termes.

Bangkok compte ainsi plusieurs foyers luso-thaïs, qui se sont longtemps définis les uns par rapport aux autres :

  • Kudi Chin, autour de Santa Cruz, sur la rive de Thonburi ;
  • Ban Khmer, autour de l'église de l'Immaculée-Conception (Wat Conception), sur la rive est ;
  • Talat Noi, autour du Saint-Rosaire, issu de la scission évoquée plus haut.

Une tradition orale, rapportée par Wikipédia en thaï, oppose les deux premiers. Les descendants de Kudi Chin seraient du côté bun (les lettrés, habiles à négocier), ceux de Ban Khmer du côté bu (les guerriers). Ce dicton ne prouve rien en lui-même, mais il dit comment les communautés se percevaient. La même source précise que les gens de Santa Cruz étaient surtout des interprètes, rôle d'intermédiaire entre la cour siamoise et les étrangers que leur position sociale rendait plausible.

La toponymie finit par entériner cette présence. Sous le règne de Rama VI (1910-1925), un avis du ministère de la Capitale (Krasuang Nakhonban) fixe les limites du tambon (sous-district) de Kudi Chin. L'année précise de cet avis reste à établir.

Santa Cruz : trois églises sur le même terrain

L'église que l'on visite aujourd'hui est la troisième sur le site. Une première église en bois est élevée vers 1770, peu après la concession. Les sources divergent sur sa disparition :

  • un blog d'histoire locale évoque un incendie en 1833, qui aurait détruit le village portugais et l'église ;
  • un site de visites guidées parle d'un édifice en bois dégradé, remplacé en 1835 par Pallegoix (connu comme évêque, et non comme « cardinal », titre que lui prête ce site) ;
  • un troisième site se contente d'une reconstruction « au milieu du XIXe siècle ».

Ces sources secondaires s'accordent sur un point : la deuxième église adoptait un style d'inspiration chinoise. C'est le fondement de la première hypothèse sur le nom du quartier.

L'édifice actuel date de 1913-1916. La date de 2459 de l'ère bouddhique, donnée par une source thaïe, correspond à 1916. Les qualifications de son style varient : « Renaissance Revival » pour un site portugais, mélange de néoclassique et de Renaissance pour un média thaï. Ce dernier affirme aussi que la coupole s'inspire de celle de la cathédrale de Florence, rapprochement qu'aucune source d'architecture consultée ne confirme. Le nom de l'architecte n'apparaît dans aucune d'entre elles.

À l'intérieur, des vitraux illustrent des scènes bibliques et une statue de la Vierge occupe une place d'honneur. La bibliothèque de l'université Ramkhamhaeng signale une cloche dite Phutthakai, que l'on sonnerait pour présenter des vœux au roi. Selon cette source, seules deux églises du pays en posséderaient une. Le détail mérite vérification, mais il éclaire un trait essentiel : une église catholique qui s'inscrit dans les usages de la monarchie siamoise.

Le vocabulaire va dans le même sens. En thaï, l'église s'appelle Wat Santa Khru ou Wat Kudi Chin. Le mot wat, qui désigne d'ordinaire un monastère bouddhiste, s'applique ici à un lieu de culte chrétien, signe d'une traduction des institutions plus que d'un simple emprunt.

Santa Cruz a sans doute été, pendant plusieurs décennies, l'un des principaux lieux de culte catholiques de la capitale. Un site de vulgarisation affirme qu'elle fut le premier, jusqu'à la construction de la cathédrale de l'Assomption à Bang Rak, qu'il date de 1821 ; cette date doit être confirmée. On écartera en revanche l'affirmation, parfois reprise, selon laquelle Santa Cruz serait « la deuxième église catholique bâtie en Thaïlande ». Elle s'accorde mal avec une présence catholique à Ayutthaya depuis le XVIe siècle et ne repose sur aucune source solide.

Le khanom farang, une mémoire qui se mange

Si l'église est le monument du quartier, le khanom farang Kudi Chin en est le patrimoine le plus quotidien. Khanom désigne en thaï une pâtisserie ou une douceur ; le nom signifie donc « gâteau des Occidentaux de Kudi Chin ». Ce petit gâteau est présenté par la presse thaïlandaise comme une recette « vieille de plus de deux cents ans », héritée des Portugais. La recette traditionnelle tient en trois ingrédients : farine, œufs, sucre, battus longuement, sans levure chimique. Atlas Obscura précise qu'on utilise des œufs de cane, du sucre blanc et de la farine de blé. On le vend nature, sous forme de petits gâteaux qui se conservent sept à dix jours, ou garni.

Son origine relève de la mémoire communautaire. Nawinee Phongthai, fondatrice du musée local, en propose une explication dans Atlas Obscura. Les Luso-Siamois d'Ayutthaya auraient tenté de refaire des pâtisseries européennes sans disposer facilement de lait ni de farine de blé. Leurs premiers essais à la farine de riz auraient donné des gâteaux trop durs. Cette version, cohérente, reste une interprétation de la communauté et non un fait documenté.

La transmission repose sur quelques familles. La pâtisserie Thanusingha affirme perpétuer la recette depuis environ cinq générations. Son nom vient du nom de famille d'un arrière-grand-père, Luang Ramritthikrai ; selon le magazine Sarakadee en 2012, la marque n'a été déposée qu'en 2001-2002. Le journal Post Today rapporte qu'autrefois presque toute la communauté fabriquait ces gâteaux, mais qu'il ne restait plus que deux boutiques ; l'article n'est pas daté et le chiffre doit être réactualisé. D'autres préparations d'influence portugaise sont citées, comme le khanom kusrang. Une communication universitaire de 2023 mentionne aussi la maison Baan Sakulthong, qui cuisine selon les recettes de l'arrière-grand-mère Chawee Sakhulthong.

Le passage du foyer au commerce, puis du commerce à la marque, montre comment un savoir domestique devient un emblème. Une recette familiale se change en signe d'identité collective, puis en produit de visite.

Musée, coq de Barcelos et tourisme : une identité mise en récit

Depuis 2008, des actions de conservation et de revitalisation ont fait de Kudi Chin une destination de tourisme culturel. Une piste cyclable et une promenade le long du fleuve relient désormais les lieux de culte. La municipalité de Bangkok cherche à rendre ces quartiers riverains plus faciles à parcourir à pied, et des acteurs publics et privés planifient le développement touristique du secteur.

Le musée Baan Kudichin, ouvert en 2017, incarne cette mise en récit. Il a été fondé par Nawinee Phongthai, de la famille Thoratranont, qui se dit issue de soldats portugais, et il est financé par des dons privés. Il occupe une maison familiale en bois, agrandie, construite il y a plus de quatre-vingts ans. On y présente :

  • l'arrivée des Portugais et l'époque de Thonburi ;
  • des objets du quotidien et des photographies anciennes ;
  • les mots thaïs empruntés au portugais.

Le musée met aussi en avant Marie Guimar, connue sous le titre de Thao Thong Kip Ma. D'ascendance nippo-portugaise, elle fut cheffe pâtissière à la cour d'Ayutthaya, au début du XVIIIe siècle selon un site de visites. Cette figure appartient à l'histoire luso-siamoise d'Ayutthaya plus qu'à celle de Kudi Chin proprement dit ; son intégration au récit local relève d'un choix de mémoire.

La communauté a par ailleurs adopté pour emblème le coq de Barcelos, symbole populaire du Portugal. C'est un choix révélateur : pour dire ses racines, elle emprunte une image du Portugal contemporain, plutôt qu'un objet hérité de ses propres ancêtres.

Cette valorisation repose sur une communauté de taille modeste. Une communication présentée en 2023 lors d'un colloque soutenu par l'université Suan Sunandha Rajabhat compte en 2014 environ 1 850 catholiques, répartis en 293 foyers ; un site portugais avance « près de 2 000 » sans date. Cette étude porte sur la gestion participative du tourisme, signe que la question de savoir qui décide de l'avenir du quartier se pose. En revanche, aucune donnée chiffrée n'a été trouvée sur la fréquentation touristique, les effets d'une éventuelle gentrification ou l'évolution de la pratique religieuse. Ces lacunes interdisent tout bilan, enthousiaste ou alarmiste.

Kudi Chin oblige ainsi à nuancer l'image du « quartier portugais ». Les descendants des Portugais n'y sont ni les premiers occupants ni les seuls. Leur ascendance a pris forme au Siam, au contact du clergé français, de la cour de Thonburi et de leurs voisins chinois, môns ou musulmans. Leur histoire tient en quelques dates sûres — 1767, 1769, 1775, 1916 — et en un ensemble plus vaste de traditions qu'il faut lire comme telles. Le patrimoine du quartier ne se réduit pas à une église ou à un gâteau. Il tient à la manière dont une communauté, aujourd'hui, choisit et raconte ce qu'elle veut transmettre.

Sources et bibliographie

  1. วัดซางตาครู้ส (วัดกุฎีจีน), Archidiocèse catholique de Bangkok (catholichaab.com), 2015.
  2. กุฎีจีน – วิกิชุมชน, Princess Maha Chakri Sirindhorn Anthropology Centre (SAC).
  3. มาท่องเที่ยวชุมชนกุฎีจีน ชุมชนลูกหลานชาวโปรตุเกส, Bibliothèque de l'Université Ramkhamhaeng.
  4. ชุมชนกุฎีจีน, Wikipédia (thaï).
  5. The Bangkok Bakeries Preserving a 250-Year-Old Cupcake Recipe, Atlas Obscura (Gastro Obscura).
  6. ขนมฝรั่งกุฎีจีน – ร้านธนูสิงห์, MGR Online (ผู้จัดการ), 2007.
  7. ร้านธนูสิงห์ ขนมฝรั่งตำรับโบราณกว่า 5 ชั่วคนแห่งชุมชนกุฎีจีน, LINE Today.
  8. ขนมธนูสิงห์ ขนมฝรั่งกุฎีจีน, Post Today.
  9. Management participation, case study of Kudichin community (ICBTS 2023 Fukuoka), ICBTS / Suan Sunandha Rajabhat University, 2023.
  10. ขนมฝรั่งกุฎีจีน, Sarakadee (สารคดี), 2012.
  11. Kudi Chin ; Santa Cruz Church, Bangkok ; Talat Noi ; Thai Portuguese ; Baan Kudichin Museum ; Thon Buri district, Wikipedia (anglais).
  12. Santa Cruz Church (Kudichin stories), Site communautaire Kudichin.
  13. Explore Bangkok's local communities along the Chao Phraya River, The Colours of Thailand.
  14. Kudi Chin – Portugal in Thailand, Portugal Visitor.
  15. Santa Cruz Church and Baan Kudi Chin Museum, Travelfish.
  16. Santa Cruz Church the Portuguese legacy in Bangkok, Tour Bangkok Legacies.
  17. Baan Kudichin Museum preserving the Portuguese heritage, Tour Bangkok Legacies.
  18. Churches of Bangkok, siamrat.blog, 2018.
  19. โบสถ์ซางตาครู้ส ที่เที่ยวกรุงเทพ ธนบุรี, TrueID Travel.