Blog Around Siam

Histoire, royaumes & construction du Siam

Temples, routes et pouvoir angkorien : l'empreinte khmère sur les terres du futur Siam

Du coup de force de Suryavarman Ier à l'essor d'Ayutthaya, l'histoire de Lavo et du plateau de Khorat montre une domination angkorienne faite d'avancées, de reculs et de lectures savantes encore discutées.

Publié le 6 octobre 2026 13 min de lecture
Façade d'un sanctuaire khmer en grès rose avec galerie basse, porte centrale et tour sculptée en ogive.

Du plateau de Khorat à la vallée de la Chao Phraya, des sanctuaires de pierre rappellent qu'entre le XIe et le XIIIe siècle une large part de l'actuelle Thaïlande gravitait autour d'Angkor. Cette emprise ne fut pourtant ni uniforme ni continue. Elle se resserra sous Suryavarman Ier, se relâcha à la mort de Suryavarman II, se renoua sous Jayavarman VII, avant que Lavo, puis les nouvelles puissances thaïes de Sukhothai et d'Ayutthaya, ne renversent le rapport de force. Voici les souverains et les figures locales qui ont façonné cette histoire, à travers des inscriptions souvent lacunaires que les historiens lisent encore de manières différentes.

Sanctuaire khmer en grès rose avec une tour centrale ouvragée, des galeries à toits de pierre et un escalier d'accès entre deux bassins.

Une ville plus ancienne que l'empire

À Lopburi, à environ cent cinquante kilomètres au nord de Bangkok, le visiteur croise au détour des rues des tours de pierre ruinées, au milieu de la ville moderne. On les qualifie volontiers de « khmères ». L'étiquette est juste, mais incomplète. Elle masque une histoire plus longue et plus stratifiée, qui permet de comprendre ce que fut réellement la présence angkorienne dans les territoires qui formeront plus tard le Siam.

Entre le Xe et le XIIIe siècle, trois ensembles géographiques entrent dans l'orbite d'Angkor, la grande capitale située dans l'actuel Cambodge. Le premier est le plateau de Khorat, l'actuel Isan. Le deuxième est la vallée de la Chao Phraya, autour de la cité de Lavo, l'actuelle Lopburi. Le troisième regroupe quelques points de l'ouest, vers Kanchanaburi et Phetchaburi. Les sources s'accordent sur un point : l'intensité du contrôle varie fortement d'un règne à l'autre. Parler d'« empire khmer en Thaïlande » serait donc doublement anachronique. Il n'existe alors ni Thaïlande ni frontière linéaire, mais des cités, des principautés et des réseaux d'allégeance dont les contours bougent sans cesse.

Lavo existait bien avant l'arrivée des Khmers. Un trésor découvert en 1966 à U Thong contenait des pièces d'argent portant « lava » sur une face et « pura » sur l'autre, dans une écriture dérivée de l'alphabet pallava du sud de l'Inde. Ces pièces sont datées des VIIe-VIIIe siècles. Elles constituent la plus ancienne mention sûre du nom de la ville. Lavo appartenait alors au monde que l'on appelle Dvaravati : un ensemble de cités de culture môn et bouddhique, réparties dans le bassin de la Chao Phraya. Les constructions khmères de Lopburi réemploient d'ailleurs des pierres de sanctuaires dvaravati plus anciens. Les ruines les plus anciennes de la ville sont donc, pour reprendre une formule courante, « de style khmer sur fondation dvaravati ». L'historien Phiset Chiajanpong va plus loin. Il propose d'identifier Lopburi à la ville appelée Dvaravati elle-même, en s'appuyant sur ses vestiges et sur une longue tradition qui en fait un lieu de rassemblement de reliques. L'hypothèse reste discutée, mais elle rappelle que Lavo n'est pas une simple création angkorienne.

Un mot de vocabulaire, enfin. Les sources thaïes anciennes parlent souvent des « Khom ». On traduit généralement ce terme par « Khmers », mais leur équivalence exacte est discutée. Cette nuance compte : elle rappelle que les catégories ethniques modernes ne recouvrent pas toujours celles des textes.

Suryavarman Ier, l'usurpateur tourné vers l'ouest

Le premier souverain dont l'action sur ces territoires est clairement documentée est Suryavarman Ier, qui régna jusqu'en 1050. Son accession fut tout sauf paisible. Vers 1002, il s'empare du trône d'Udayadityavarman Ier. Il lui faut ensuite près d'une décennie de guerre contre un rival, Jayavirahvarman, pour s'imposer vers 1010. D'après les travaux de Michel Jacq-Hergoualc'h, ce conflit est lié aux campagnes menées sur le plateau de Khorat et dans le bassin de la Chao Phraya. La conquête de l'ouest et la lutte pour le pouvoir à Angkor sont donc étroitement mêlées.

Ses inscriptions présentent un trait révélateur : elles ne le rattachent pas à ses prédécesseurs. C'est l'indice d'une légitimité à construire plutôt qu'héritée. Bouddhiste mahayana, il se montre par ailleurs tolérant envers le bouddhisme theravada, alors en progression dans la région. Cette ouverture n'est sans doute pas indifférente dans des territoires de tradition môn et bouddhique comme Lavo.

L'étape décisive date de 1022. Une inscription de Suryavarman Ier, découverte à Lopburi, nomme la ville « Lvo » et désigne ses habitants comme des Khmers. Lavo entre alors dans l'administration de l'empire. L'enjeu n'est pas seulement territorial. Par Lavo, Angkor gagne un accès aux circuits commerciaux de l'isthme de Kra, ce passage étroit entre le golfe de Thaïlande et la mer d'Andaman par lequel transitaient marchandises et marchands entre l'océan Indien et la mer de Chine.

Cette avancée a pu avoir des répercussions bien au-delà de la Chao Phraya. Selon une hypothèse formulée au conditionnel, vers 1025-1026, Suryavarman Ier aurait fait campagne contre une Lavo alors vassale de Tambralinga, principauté de la péninsule malaise. Ce serait l'une des causes d'un conflit plus large, opposant Tambralinga et Srivijaya à Angkor et à la dynastie chola de l'Inde du Sud. Rien de tout cela n'est établi avec certitude, mais l'hypothèse éclaire un point essentiel : Lavo se trouve à la jonction de plusieurs mondes, khmer, môn et malais.

L'origine même de Suryavarman Ier a longtemps été discutée. George Cœdès, figure majeure de l'épigraphie du Sud-Est asiatique, avait d'abord proposé d'en faire le fils d'un roi de Nakhon Si Thammarat, dans la péninsule. Il s'appuyait sur des chroniques du Nord : le Tamnan Mulasasana, la Jinakalamali et la Camadevivamsa. Ce sont des textes religieux et dynastiques rédigés bien après les faits. Dans son étude de 1965 avec Jean Boisselier, traduite en thaï par Subhadradis Diskul, Cœdès ne soutient plus cette thèse. La même étude présente l'art dit « de Lopburi » comme héritier de l'art dvaravati, plutôt que comme un art simplement importé du Cambodge. Ce revirement résume une évolution plus large de la recherche : on a cessé de voir dans les vestiges khmers de la Chao Phraya une greffe étrangère, pour y lire une synthèse locale.

Le XIIe siècle : une suzeraineté qui se resserre et se relâche

À la fin du XIe siècle, le centre de gravité du pouvoir angkorien bascule d'une manière qui intéresse directement l'Isan. Une nouvelle lignée, dite de Mahidharapura, accède au trône avec Jayavarman VI, puis Dharanindravarman Ier. Selon l'interprétation la plus répandue, cette famille serait originaire du plateau de Khorat, au nord des monts Dangrek. Son ancrage exact reste toutefois discuté. Si l'on admet cette origine, le plateau n'est plus une périphérie conquise. Il devient le berceau d'une dynastie qui va régner sur Angkor.

C'est dans ce contexte que l'on situe habituellement le grand sanctuaire de Phimai, l'ancienne Vimayapura. Il s'agit d'un temple bouddhique mahayana dont le sanctuaire principal est généralement daté du tournant des XIe et XIIe siècles ; la date précise doit être confirmée. Plus au sud, Phanom Rung, juché sur un ancien volcan de la province de Buriram, est associé par une inscription à un seigneur local, Narendraditya, apparenté à la lignée de Mahidharapura, et à son fils Hiranya. Ces deux prasat (sanctuaires-tours de tradition khmère) témoignent d'élites régionales puissantes, capables de commanditer des monuments de premier plan. L'empreinte angkorienne y apparaît moins comme une occupation que comme le fait d'aristocraties locales intégrées au monde khmer.

À Lavo, l'histoire est plus heurtée. L'historiographie thaïe y place un souverain, Sri Dharmasokaraja Ier, dont le règne effectif aurait pris fin vers 1117. Cette date coïncide avec l'expansion de la dynastie de Mahidharapura sous un roi nommé « Sri Jayasinghavarman ». On identifie couramment ce dernier à Suryavarman II, qui régna de 1113 à 1150, mais cette identification n'est pas certaine. Les ouvrages de référence attribuent par ailleurs à Suryavarman II la construction d'Angkor Vat.

Les relations avec la Chine offrent un indicateur précieux de cette autorité fluctuante. Lopburi envoie des ambassades à la cour chinoise en 1115, puis en 1155. Ce second envoi, peu après la mort de Suryavarman II, est généralement interprété comme le signe d'une autonomie retrouvée : une cité étroitement soumise n'aurait pas traité directement avec l'empereur. Certains indices suggèrent en outre que l'empire de Suryavarman II aurait combattu les Mons pour la suzeraineté de la région, mais ce point reste formulé au conditionnel.

Un détail d'Angkor Vat montre à quel point ces territoires de l'ouest étaient mêlés à la vie de l'empire. Sur les bas-reliefs de la galerie sud, qui représentent une procession militaire, figurent un contingent de « Lvo » et un groupe désigné comme « Syam Kuk ». Faut-il y voir des Siamois, des mercenaires ou des vassaux ? La question reste ouverte. Elle montre cependant que les populations de l'ouest participaient à la puissance angkorienne, quel que soit leur statut.

Jayavarman VII : routes, hospices et un prince à Lavodaya

Après une période de troubles, Jayavarman VII monte sur le trône en 1181 et règne jusque vers 1218. C'est le dernier grand moment de l'emprise angkorienne sur Lavo, et il est documenté par une source exceptionnelle. L'inscription de Phimeanakas, à Angkor, mentionne dans sa stance 57 un fils du roi, né de la reine Jayarajadevi, qualifié de « seigneur de Lavodaya ». Jayavarman VII aurait donc confié Lavo à un membre de sa propre famille, ce qui marque une forme de contrôle bien plus étroite qu'une simple suzeraineté.

La pierre est toutefois lacunaire. Le début du nom du prince manque : seule subsiste la fin, « …tindravarman ». C'est Cœdès qui l'a restitué en « Nripatindravarman ». Il ne faut donc pas tenir pour acquise l'existence d'un roi de Lavo de ce nom jusqu'en 1218 : elle reste une hypothèse savante. Sous ce même règne, le nom de la ville s'écrit Lvodayapura.

Le règne de Jayavarman VII est aussi associé, dans les ouvrages de référence, à une politique d'équipement du territoire. La lecture la plus répandue lui attribue un réseau d'arogyasala (hôpitaux) et de dharmasala (gîtes d'étape, parfois appelés « maisons de feu ») échelonnés le long des routes royales. Prasat Ta Muen, sur l'axe reliant Angkor à Phimai, en serait un exemple. L'inscription du Preah Khan, à Angkor, énumère en outre des statues de Jayabuddhamahanatha envoyées dans diverses villes. Certains historiens identifient plusieurs d'entre elles à des cités de l'actuelle Thaïlande, comme Lopburi, Mueang Sing ou Phetchaburi, mais ces identifications sont discutées. On rattache enfin au style dit du Bayon, propre à ce règne, plusieurs monuments : le Prang Sam Yot de Lopburi, le prasat de Mueang Sing à Kanchanaburi ou le Wat Kamphaeng Laeng à Phetchaburi. Le prang désigne ici une tour-sanctuaire au profil arrondi, qui deviendra un élément majeur de l'architecture siamoise.

Si l'on retient ces attributions, elles dessinent une conception du pouvoir fondée sur la circulation. Les routes, les étapes et les images religieuses rayonnant depuis la capitale matérialisent l'autorité du souverain bien plus qu'une frontière. Mais c'est aussi le moment où cette autorité atteint ses limites.

Du vassal au successeur : Sukhothai, Lavo, Ayutthaya

Au XIIIe siècle, de nouvelles principautés de langue thaïe s'affirment dans la vallée de la Chao Phraya et sur ses marges. L'inscription n° 2, dite du Wat Si Chum, à Sukhothai, est un document clé. Elle raconte notamment la restauration d'un grand reliquaire par un religieux, Phra Maha Thera Si Sattha. Selon la lecture habituelle, elle rapporte aussi que Pha Mueang, chef thaï, aurait reçu d'un roi khmer un titre, une épouse et une épée, avant d'aider Bang Klang Hao, futur Si Inthrathit, à prendre Sukhothai. Ce récit doit être lu pour ce qu'il est : un texte de légitimation, rédigé par et pour une lignée. Il montre néanmoins que les premiers pouvoirs thaïs se définissaient encore par rapport à l'autorité khmère, en s'en réclamant autant qu'en s'en affranchissant.

Encore faut-il savoir ce que les textes entendent par « khmer ». En 1983, Sujit Wongthes a soutenu que le « Kamboja » des textes du Nord, comme la Jinakalamali, la Chronique du Nord ou les inscriptions de Kalyani, désigne Lavo et un groupe de villes liées, telles que Sukhothai, Sawankhalok ou Phichai, et non le Cambodge. Selon lui, la traduction systématique par « Cambodge » a conduit les historiens à faire de Lavo une simple dépendance khmère. L'inscription de 1022, qui qualifie les habitants de Khmers, plaide plutôt pour une intégration réelle, au moins à cette époque. Le débat reste ouvert. Il oblige à penser Lavo comme une entité dotée de sa propre continuité, et non comme une province passive.

Cette continuité se manifeste nettement à la fin du XIIIe siècle. D'après Cœdès, Lavo « se détache du Cambodge » entre 1289 et 1299 et envoie ses propres ambassades en Chine. Les témoignages chinois de la même époque, dont celui du voyageur Zhou Daguan, sont souvent cités pour évoquer des guerres entre Angkor et les Siamois ; ce point reste à confirmer dans le texte même. Au XIVe siècle, une nouvelle puissance absorbe l'ancienne cité. Selon les phongsawadan (chroniques royales siamoises), Lavo est rattachée vers 1350 au royaume d'Ayutthaya, sous son fondateur Ramathibodi Ier. La ville prend alors le nom thaï de Lopburi. Comme souvent, les chroniques ne s'accordent pas toujours sur les dates : 1350 ou 1351 selon les versions.

Le rapport de force s'inverse ensuite. La tradition historiographique attribue à Borommarachathirat II, roi d'Ayutthaya, la prise d'Angkor, généralement datée de 1431. La date comme l'ampleur de l'événement sont discutées par les historiens : s'agit-il d'une conquête durable, d'un raid ou d'un épisode amplifié par les chroniques ? Quelle que soit la réponse, l'ancien suzerain est devenu la cible d'un royaume issu en partie de ses anciennes marges.

Lopburi ne disparaît pas pour autant. Au milieu du XVIIe siècle, le roi Narai en fait une seconde capitale et y réside une grande partie de l'année. Les prang hérités de l'époque angkorienne cohabitent alors avec les palais d'un souverain siamois en relation avec la Perse, la Chine et la France. L'empreinte khmère est devenue l'une des couches d'un paysage royal siamois.

Ce que l'on regarde aujourd'hui, et ce qui reste ouvert

La reconnaissance patrimoniale de ces sites reflète leur place singulière dans le récit national. En 2019, l'ensemble formé par Phanom Rung, Mueang Tam et Plai Bat, dans la province de Buriram, a été inscrit sur la liste indicative thaïlandaise de l'UNESCO, l'antichambre d'une éventuelle candidature au patrimoine mondial. Le Bangkok Post a rapporté cette inscription en même temps que celle du parc historique de Si Thep. La même année, Phimai a été retiré de cette liste indicative ; les sources consultées n'en donnent pas la raison. La plupart de ces sanctuaires ont été restaurés au cours de la seconde moitié du XXe siècle sous l'égide du Fine Arts Department, l'administration thaïlandaise du patrimoine, parfois avec des collaborations étrangères. Le détail de ces chantiers mérite d'être consulté auprès de l'institution elle-même.

Face à un prasat de l'Isan ou à une tour de Lopburi, il faut donc garder trois choses à l'esprit. La première est la superposition des époques : sous la pierre khmère affleure souvent un sanctuaire dvaravati, et autour d'elle s'étend une ville thaïe. La deuxième est la variété des acteurs : rois d'Angkor, certes, mais aussi aristocraties du plateau de Khorat, cités môn, principautés de la péninsule et chefs thaïs, chacun utilisant le prestige angkorien à ses propres fins. La troisième est la fragilité des sources : une stance mutilée, un nom restitué, une chronique tardive ou un mot comme « Kamboja » suffisent à modifier l'image d'ensemble.

L'histoire de l'empreinte khmère n'est donc pas celle d'une domination suivie d'un déclin. C'est celle d'une relation changeante, faite d'intégration, de vassalité, de négociations et de prises d'autonomie. Elle s'achève par l'émergence de royaumes, Sukhothai puis Ayutthaya, qui héritent de ce monde autant qu'ils s'en détachent.

Sources et bibliographie

  1. Contributeurs Wikipédia, Lopburi, Wikipedia (en), consulté 2025.
  2. Contributeurs Wikipédia, Lavo Kingdom, Wikipedia (en), consulté 2025.
  3. Contributeurs Wikipédia, Sri Dharmasokaraja I, Wikipedia (en), consulté 2025.
  4. Contributeurs Wikipédia (d'après G. Cœdès), History of Lopburi, Wikipedia (en), consulté 2025.
  5. Contributeurs Wikipédia (d'après M. Jacq-Hergoualc'h, 2002), Jayavirahvarman, Wikipedia (en), consulté 2025.
  6. Contributeurs Wikipédia, Nripatindravarman III, Wikipedia (en), consulté 2025.
  7. Contributeurs Wikipédia (d'après Cœdès ; Walailak University), Suryavarman I, Wikipedia (en), consulté 2025.
  8. Contributeurs Wikipédia, Lopburi province, Wikipedia (en), consulté 2025.
  9. non indiqué, UNESCO World Heritage Sites in Thailand (Tentative List), worldheritagesite.org, consulté 2025.
  10. Bangkok Post, Two sites placed on Unesco 'tentative list', Bangkok Post, 2019.