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Tha Rae, sur la rive du lac Nong Han : comment le catholicisme s'est enraciné en pays isan

Des archives des Missions étrangères de Paris au récit de la traversée du lac, voici comment une petite communauté de convertis vietnamiens et lao, installée vers 1884-1885, a fait d'un village de l'Isan l'un des pôles catholiques les plus visibles de Thaïlande.

Publié le 2 octobre 2026 13 min de lecture
Façade beige en contre-plongée, à claustra de lames croisées, surmontée d'une croix, à côté d'une statue sur colonne blanche.

Au bord du lac Nong Han, à une vingtaine de kilomètres de Sakon Nakhon, une cathédrale en forme de bateau domine des rues tracées au cordeau. Tha Rae est souvent présenté comme la plus grande communauté catholique de Thaïlande. Son histoire commence pourtant modestement, au milieu des années 1880 : une vingtaine de familles de convertis vietnamiens et lao, encadrées par des prêtres des Missions étrangères de Paris, traversent le lac pour s'éloigner des autorités locales. En croisant les archives missionnaires, les travaux thaïlandais et la tradition orale, on voit comment ce campement précaire est devenu une paroisse, puis le siège d'un archidiocèse.

Grande maison coloniale à deux étages, façade grise décrépite, trois pignons ornés, volets en bois et balcons en retrait.

Un village catholique sur la rive du Nong Han

La route nationale 22 relie Udon Thani à Nakhon Phanom. En la suivant, on découvre à une vingtaine de kilomètres de Sakon Nakhon un paysage rare dans le Nord-Est thaïlandais, l'Isan. Les rues y sont tracées en damier. Sur les façades se mêlent des influences coloniales françaises, vietnamiennes et chinoises. Au-dessus de l'ensemble se dresse une cathédrale dont la silhouette évoque une coque de navire.

Tha Rae (ท่าแร่, parfois transcrit « Tha Hae ») est un tambon, c'est-à-dire un sous-district administratif, du district de Mueang Sakon Nakhon. Il occupe la rive nord du lac Nong Han, à environ 21 kilomètres de la ville par la route, mais à 6 kilomètres seulement par l'eau. C'est aussi le siège de l'archidiocèse de Tha Rae–Nong Saeng, dont la cathédrale est dédiée à l'archange saint Michel.

Dans l'Isan, la vie collective s'organise d'ordinaire autour du wat, le monastère bouddhique theravāda. Tha Rae, lui, s'est construit autour d'une paroisse. Ce paysage n'a rien d'un décor : il garde la trace d'une histoire précise, celle d'une petite communauté de convertis déplacée à la fin du XIXe siècle et devenue un pôle durable du catholicisme thaïlandais.

Pour la comprendre, il faut distinguer trois couches de récit :

  • ce qu'établissent les archives des Missions étrangères de Paris et les travaux thaïlandais ;
  • ce que transmet la tradition locale ;
  • ce qui reste incertain.

La « mission du Laos » : un projet venu de Bangkok

Deux prêtres pour le Nord-Est

Tout commence en 1881. Mgr Louis Vey, vicaire apostolique du Siam, envoie alors deux prêtres des Missions étrangères de Paris (MEP), Constant Prodhomme et Xavier Guégo, fonder ce que les sources missionnaires appellent la « mission du Laos ».

Dans le vocabulaire de l'époque, ce nom désigne les pays de langue et de culture lao, de part et d'autre du Mékong. Il ne renvoie pas à un État aux frontières fixées. Les premiers centres choisis le montent bien, puisqu'ils se trouvent tous dans l'actuelle Thaïlande : Ubon, Nakhon Phanom et Sakon Nakhon. Une première communauté s'installe d'abord à Bung Kathae, près d'Ubon. En juin 1883, Prodhomme et le père Rondel atteignent pour la première fois Nakhon Phanom, sur le Mékong.

François-Marie-Xavier Guégo est un Breton, né le 19 avril 1855 à Lanfains, dans le diocèse de Saint-Brieuc. Il est arrivé à Bangkok en décembre 1879. Les médias anglophones écorchent souvent son nom (« Grego », « Greco »), mais la forme attestée par les archives des MEP est bien Guégo. En thaï, on l'appelle khun pho Keko, khun pho signifiant « père », le terme de respect employé pour les prêtres.

Racheter avant de baptiser

Un détail des archives missionnaires éclaire la sociologie des débuts. Les premiers catéchumènes, c'est-à-dire les personnes qui se préparent au baptême, sont des « esclaves rachetés ». À la fin du XIXe siècle, diverses formes de servitude existent encore au Siam. Les missionnaires rachètent donc la liberté de certaines personnes, qui deviennent le premier noyau de fidèles. Le magazine jésuite America confirme que beaucoup des premiers chrétiens de Tha Rae étaient d'anciens esclaves.

On peut y voir l'une des clés de l'enracinement, même si c'est une interprétation et non un fait documenté en détail. Ces hommes et ces femmes ont été coupés de leurs réseaux d'origine et doivent leur liberté à la mission. Ils trouvent dans la communauté chrétienne une nouvelle appartenance sociale autant que religieuse. Cette dépendance initiale explique aussi pourquoi la communauté a pu se déplacer d'un seul bloc lorsque la situation l'a exigé.

1884 : de Sakon Nakhon à l'autre rive du lac

Une première chrétienté aux portes de la ville

Le 8 septembre 1884 ont lieu les premiers baptêmes à Sakon Nakhon. Ils sont célébrés dans une chapelle provisoire située entre le lac et la ville. Selon la base de données culturelle du ministère thaïlandais de la Culture, l'emplacement correspond à celui de l'ancien cinéma Prasan.

Une autre fiche de ce même ministère attribue la fondation de ce centre catholique à Prodhomme, qui aurait ensuite confié la communauté au « père Xavier », c'est-à-dire Guégo. Les archives des MEP, elles, attribuent à Guégo le transfert du groupe vers Tha Rae. Les deux versions se concilient sans peine : Prodhomme dirige la mission, Guégo encadre la communauté au quotidien.

S'éloigner des « mandarins »

Pourquoi quitter Sakon Nakhon quelques semaines ou quelques mois seulement après les premiers baptêmes ? La nécrologie du père Joseph Combourieu, autre missionnaire des MEP, donne une réponse sobre. La vie était devenue impossible « à proximité des mandarins », terme par lequel les missionnaires désignaient les autorités locales.

Un mémoire soutenu en 2023 à l'université Mahasarakham par Kerkkrit Chokchairatchada, consacré à l'identité de la communauté de Tha Rae, va dans le même sens. Il évoque une persécution religieuse survenue en 1884 (année 2427 de l'ère bouddhique), d'origine politique, qui aurait poussé le prêtre à déplacer ses fidèles.

Les sources consultées ne détaillent pas les griefs exacts des autorités. Le contexte régional rend toutefois une lecture politique plausible. La France et le Siam se disputent alors de plus en plus l'influence sur les deux rives du Mékong, et cette rivalité débouchera sur la crise de 1893. Une communauté encadrée par des prêtres français, qui échappe en partie aux hiérarchies locales, pouvait inquiéter. Cette mise en contexte reste une interprétation et non un fait établi par les documents.

La traversée et le premier campement

Le groupe traverse donc le lac, sur un petit bateau et des radeaux de bambou selon America. Il s'installe sur la rive nord, alors boisée.

Le Sirindhorn Anthropology Centre, institution publique thaïlandaise, rapporte le témoignage du père Georges Dabin, envoyé sur place par Prodhomme. Il n'y trouve que deux ou trois maisons et un abri servant d'église. Environ 150 personnes dorment sous des abris couverts d'herbe. Le groupe comprend dix familles de catéchumènes vietnamiens et dix familles de catéchumènes isan d'origine lao. America donne le même ordre de grandeur : une vingtaine de familles, soit environ 150 personnes.

Ce que raconte la tradition

À côté de ce récit documenté, la communauté transmet le sien de génération en génération, rapporté notamment par l'agence AsiaNews. En novembre 1884, trente-cinq familles vietnamiennes et lao arrivent au bord du lac, conduites par Guégo. Elles se placent sous la protection de saint Michel, embarquent sur des bateaux de fortune et se laissent porter par le vent jusqu'à la rive de l'actuel Tha Rae.

Ce récit n'est pas faux par nature. Il dit autre chose que les archives : il donne sens à l'événement. Le patronage de l'archange, la confiance remise au vent et le chiffre plus élevé de familles font de la traversée un acte fondateur, presque un exode. Le chiffre de trente-cinq familles contredit toutefois les vingt familles décrites par le témoin le plus proche des faits. La datation précise en novembre ne repose, dans les sources consultées, que sur cette tradition.

Le souvenir de la traversée s'est inscrit dans la pierre. Construite en 1968, la cathédrale Saint-Michel adopte une forme de bateau en mémoire du passage du lac. Le radeau de bambou reste, quant à lui, un symbole identitaire du village.

1884 ou 1885 ?

La date de fondation elle-même n'est pas parfaitement fixée. Les sources thaïlandaises, institutionnelles comme universitaires, et la plupart des médias retiennent 1884. La biographie de Combourieu publiée par l'Institut de recherche France-Asie (IRFA), qui conserve les archives des MEP, parle pourtant de la fondation « du village de Tharé en 1885 ».

Sa nécrologie indique seulement que la communauté « venait d'émigrer » à son arrivée. On sait par ailleurs qu'il était seul en charge à Sakon en octobre 1885. Il est tentant de distinguer l'installation des familles, fin 1884, de l'organisation de la paroisse, en 1885, mais aucune source consultée ne le dit explicitement. La prudence commande d'écrire que le village a été fondé en 1884 ou 1885 et de préciser que 1884 est la date retenue localement.

Une communauté fondatrice mixte, vietnamienne et lao

Corriger l'image d'un village « vietnamien »

Les présentations touristiques font souvent de Tha Rae un village de catholiques vietnamiens. Le témoignage rapporté par le Sirindhorn Anthropology Centre montre une réalité plus complexe. Le groupe fondateur est mixte, à parts égales entre familles Yuan et familles lao-isan. Yuan (ญวน) est le terme thaï traditionnel pour désigner les Vietnamiens.

Cette double origine compte pour comprendre l'enracinement. La communauté n'est pas une enclave étrangère posée sur l'Isan. Dès le départ, elle associe des migrants à des habitants de la région qui partagent la langue et la culture lao de leurs voisins bouddhistes. Le South China Morning Post décrit aujourd'hui les habitants comme des descendants de Vietnamiens, de Chinois et de Lao.

D'où venaient les premières familles vietnamiennes ?

C'est la principale lacune de l'état actuel de nos sources. Aucun des documents consultés ne précise de quelle région du Vietnam venaient ces familles, ni quand ni pourquoi elles avaient migré avant 1884. Une fiche du ministère de la Culture mentionne seulement des « chrétiens venus du Vietnam » déjà présents à Sakon Nakhon.

La même fiche affirme que les habitants seraient venus du Laos sous le règne de Rama III, aussi appelé Nangklao. Ce règne s'achève plusieurs décennies avant 1884, et l'affirmation ne peut donc pas décrire la fondation du village, qui date du règne de Rama V. Elle renvoie peut-être à des migrations plus anciennes de la population lao de la région, mais le texte ne le dit pas. Il ne faut pas la reprendre telle quelle.

Les vagues suivantes

La composition vietnamienne du village s'est renforcée au XXe siècle. Entre 1939 et 1941, de nouveaux arrivants vietnamiens s'installent dans un quartier appelé Khum Ban Mai, littéralement « quartier du nouveau village ». La communauté les nomme Yuan op-phayop, les « Vietnamiens réfugiés ». Ceux qui arrivent pendant la Seconde Guerre mondiale sont appelés Yuan mai, les « nouveaux Vietnamiens ».

Ces appellations distinguent nettement les familles fondatrices des nouveaux venus. Elles rappellent que l'identité de Tha Rae ne s'est pas figée en 1884 : elle a absorbé plusieurs générations de migrants.

S'enraciner : un prêtre, une école, des épreuves

La longue présence de Joseph Combourieu

Premier curé de Tha Rae, Joseph Combourieu a ouvert une école paroissiale quelques années après son arrivée. Il meurt à Tha Rae le 4 août 1939, à près de 80 ans, après plus d'un demi-siècle dans la région. Ces deux faits pèsent sans doute plus lourd dans l'enracinement que l'épisode de la traversée.

Guégo, lui, ne reste pas longtemps. En 1887, il part s'installer à Don Done, au Laos. Il meurt le 29 mars 1918 à Nong Saeng (ou Nong Seng), où il est enterré près de Prodhomme. Le nom de l'archidiocèse, Tha Rae–Nong Saeng, associe ainsi le village fondé par la communauté et le lieu où reposent les deux pionniers de la mission.

La structure ecclésiastique se met en place parallèlement. Selon une source à confirmer, le pape Léon XIII érige en 1889 le vicariat apostolique du Laos, détaché du Siam oriental. La mission du Nord-Est obtient ainsi un cadre propre.

Une liberté surveillée

L'enracinement ne s'est pas fait sans contraintes. Le père Prayoon Phongpit, cité par America, rapporte que les déplacements des fidèles étaient contrôlés : il fallait une autorisation pour quitter la province. Le témoignage ne précise pas la période exacte concernée.

L'épreuve la plus grave survient pendant la guerre franco-thaïlandaise de 1940-1941. D'après le Sirindhorn Anthropology Centre, les chrétiens d'origine vietnamienne des provinces de Sakon Nakhon, Nakhon Phanom, Nong Khai et Udon sont alors soupçonnés de soutenir la France. Des églises sont fermées, des biens confisqués et le culte est interdit.

L'épisode éclaire avec une acuité particulière la situation de ces communautés. Leur foi les rattache, aux yeux des autorités, à une puissance coloniale rivale, et leur origine en partie vietnamienne aggrave le soupçon. Avoir traversé cette période sans disparaître est sans doute l'une des preuves les plus fortes de l'ancrage de la communauté.

Des institutions pour durer

Après la guerre, la consolidation devient institutionnelle. Le diocèse est érigé le 18 décembre 1965 et Tha Rae en devient le siège. Trois ans plus tard, en 1968, la cathédrale Saint-Michel est construite.

L'école reste au cœur du dispositif, comme à l'époque de Combourieu. Le Conseil de l'éducation catholique de Thaïlande recense aujourd'hui à Tha Rae l'école Saint-Joseph, tenue par les sœurs de Saint-Paul de Chartres. Il signale aussi la congrégation locale des Amantes de la Croix de Tha Rae, qui gère plusieurs écoles. Une congrégation religieuse portant le nom du village montre que l'Église de Tha Rae ne dépend plus seulement de missionnaires venus d'ailleurs : elle produit ses propres cadres.

Patrimoine vivant et réputation : la « plus grande communauté catholique » ?

Un paysage bâti et des rites partagés

Le village conserve son plan en damier et une architecture qui mêle styles colonial français, vietnamien et chinois. On y voit aussi les maisons de riches marchands appelés nai hoi, que la tradition locale rattache à des Vietnamiens.

Le catholicisme s'y vit aussi dans l'espace public. Chaque année, une procession de Noël sur trois jours a valu à Tha Rae le surnom de « terre des étoiles ». La mémoire missionnaire reste entretenue : en 2020, des statues de Prodhomme et de Guégo ont été inaugurées à Nakhon Phanom, en présence d'environ 2 500 fidèles selon UCA News.

Une formule à manier avec prudence

Reste la formule partout reprise. Un site catholique thaïlandais parle du village « ayant le plus grand nombre de catholiques du pays ». Le magazine thaïlandais Sarakadee Lite et le South China Morning Post reprennent l'idée, tandis qu'AsiaNews évoque « la plus grande communauté baptisée ». Le prêtre cité par America se montre plus mesuré : il parle de la plus forte concentration de catholiques dans la province de Sakon Nakhon.

Les chiffres avancés ne mesurent pas la même chose :

  • le South China Morning Post (2021) parle d'environ 15 000 catholiques, sur quelque 380 000 estimés dans tout le pays ;
  • AsiaNews évoque 14 000 habitants, dont 95 % de chrétiens, sans que la date de ces données soit connue.

Aucune statistique comparative officielle consultée, qu'elle vienne de la Conférence épiscopale de Thaïlande ou du recensement, ne confronte Tha Rae aux autres pôles catholiques du pays. La formule traduit une réputation largement partagée, non une donnée démontrée. On peut écrire avec rigueur que Tha Rae est souvent présenté comme la plus grande communauté villageoise catholique de Thaïlande, et qu'il en est certainement l'une des plus denses.

Ce qui a fait tenir la communauté

L'enracinement du catholicisme à Tha Rae ne tient pas à un miracle fondateur, même si la tradition de la traversée en offre l'image. Il résulte d'une conjonction de facteurs :

  • un noyau de convertis liés à la mission par leur libération ;
  • un déplacement qui les éloigne des pouvoirs locaux et les regroupe sur un territoire propre ;
  • un groupe mixte, à la fois migrant et régional ;
  • la longue présence d'un même curé et une école ouverte tôt ;
  • l'épreuve de 1941 surmontée, puis des institutions locales construites au fil du temps.

La cathédrale en forme de bateau résume ce double héritage. Elle célèbre un récit de fondation, mais elle a été bâtie quatre-vingts ans plus tard par une communauté qui avait eu le temps de devenir pleinement de l'Isan.

Sources et bibliographie

  1. IRFA (notice biographique et nécrologie), 1428 - GUÉGO François, Institut de recherche France-Asie / Missions étrangères de Paris, s.d..
  2. IRFA, The MEP in Laos: an overview (1662-1975), Institut de recherche France-Asie, s.d..
  3. IRFA (notice biographique et nécrologie), 1628 - COMBOURIEU Joseph, Institut de recherche France-Asie / Missions étrangères de Paris, s.d..
  4. IRFA, 1193 - PRODHOMME Constant, Institut de recherche France-Asie / Missions étrangères de Paris, s.d..
  5. ท่าแร่ (Tha Rae) - Wiki Community, Sirindhorn Anthropology Centre (SAC), s.d..
  6. Thailand's largest Catholic community marks Christmas with three-day procession in Tha Rae, known as 'Land of Stars', South China Morning Post, 2021.
  7. Thailand cave rescue draws attention to its thriving Catholic population, America Magazine, 2018.
  8. Kerkkrit Chokchairatchada, อัตลักษณ์ของชุมชนท่าแร่ ตำบลท่าแร่ อำเภอเมือง จังหวัดสกลนคร (L'identité de la communauté de Tha Rae), mémoire, Université Mahasarakham, 2023.
  9. สังฆมณฑลท่าแร่ หนองแสง อาสนวิหารอัครเทวดามีคาแอล, catholichaab.com (site catholique thaïlandais), s.d..
  10. อัครสังฆมณฑลท่าแร่-หนองแสง, Base de données culturelle du ministère thaïlandais de la Culture (m-culture.in.th), s.d..
  11. ประวัติบ้านท่าแร่, Base de données culturelle du ministère thaïlandais de la Culture (m-culture.in.th), s.d..
  12. เขตมิสซังท่าแร่-หนองแสง, Wikipédia en thaï, s.d..
  13. Homage to French missionaries who brought faith to Laos, Thailand, UCA News, 2020.
  14. Sakon Nakhon's Star Festival shines light on Christians, AsiaNews, s.d..
  15. แกะรอยประวัติศาสตร์จากภาพยนตร์ ท่าแร่ ชุมชนคาทอลิกใหญ่สุดในไทย เก่าแก่กว่า 141 ปี, Sarakadee Lite, 2025.
  16. โรงเรียนสังกัดอัครสังฆมณฑลท่าแร่-หนองแสง, Conseil de l'éducation catholique de Thaïlande, s.d..